Corbières Minervois, Terre de Liens
 
 

 

Il est un pays où deux montagnes se rencontrent, Massif Central et Pyrénées. Comme deux grandes dames jalouses de leur situation géographique, elles étalent avec négligence et originalité les plis de leurs grandes robes minérales. Minervois et Corbières s'observent, chacun renvoyant à l'autre l'image de sa condition de Piémont. Deux origines différentes et une histoire qui se superpose et se confond souvent.

Adossé à la Montagne Noire, le Minervois éparpille en amphithéâtre ses villages au creux des serres et des côteaux viticoles. Les gorges de la Cesse et du Brian en Minervois sont caractéristiques du relief calcaire et montrent des curiosités géologiques étonnantes comme les ponts naturels de la Cesse à Minerve. Au centre, une zone de plaine ou de faible altitude, traversée par les axes de circulation, l'Aude et le Canal du Midi. Au sud, les Hautes Corbières font déjà partie des pré-Pyrénées : vignes pentues serrées autour du Mont Tauch, prairies, hêtres et chataigners du massif de Mouthoumet, forêt du plateau de Lacamp . Bordées à l'Ouest par la barrière minérale de l'Alaric, les Corbières dominent la mer à l'Est (pic Saint Victor). C'est une suite de petits plateaux, entaillées de gorges : Verdouble, Berre, Orbieu, Congoust, Terminet …offrent la fraîcheur de leurs cascades et le bleu vert des " marmites de géants ".

Les gorges de Galamus au sud et le plateau de Minerve au nord se répondent mutuellement dans l'élégance et l'insolite. de chaînons, de ramifications isolées, émaillées de pinèdes et de garrigues,

Dès la préhistoire

Les collines, les plaines et les grottes des Corbières et du Minervois abritent depuis très longtemps la présence humaine. Le soleil des Corbières a assisté aux ébats du premier occupant de cette région : l'homme de Tautavel (450 000 ans). A Bize-Minervois, ont été découverts les restes d'une occupation vieille de 100 000 ans. Ces hommes d'abord itinérants s'installèrent à demeure. Le Dolmen des Fades (des fées) à Pépieux (- 5000 ans) marque de manière spectaculaire l'emplacement des tombes collectives des premiers habitants du Minervois

Corbières et Minervois : terres convoitées

La fondation de Narbonne (-118 avant JC) marque l'implantation romaine dans la région et l'entrée de ce territoire dans l'histoire écrite. Le terroir est aussitôt géré avec efficacité. La contrée se couvre d'exploitations agricoles cultivant céréales et vignes. L'artisanat prend un essor quasi industriel comme le montre l'ampleur de l'atelier des potiers d'Amphoralis à Sallèles d'Aude (Ier siècle de notre ère). C'est donc une zone fortement romanisée qui accueille à partir du Vème siècle les nouveaux conquérants barbares, Wisigoths puis Francs.

La tradition fait de Charlemagne le fondateur et le protecteur de nombreuses abbayes comme celle de Lagrasse en 800. Mais c'est un élan plus général qui favorise l'implantation de grands sites religieux comme Caunes-Minervois et Fontfroide. Abbayes et prieurés, églises paroissiales et champêtres sont à partir du Xème siècle le terrain expérimental de l'Art Roman. Les tours romanes poussent comme des fleurs, robustes, fines et blanches. Le réseau de villages qui organise le pays se met en place : villages denses et regroupés autour de l'église ou du château. Les seigneurs turbulents accueillent avec bienveillance la religion cathare dès le XIIème siècle. Ce libre choix sprirituel provoque la colère du Pape Innocent III qui lance à partir des 1209 la Croisade contre les Albigeois. Venant du Haut Languedoc, les Croisés déferlent avec puissance.Sur le territoire, ils inaugurent avec la prise de Minerve un siècle de tueries et de violences jusqu'au bûcher du dernier Parfait cathare Bélibaste dressé à Villerouge-Termenès.En quelques années, le roi de France Saint Louis, grand bénéficiaire de la Croisade, s'installe dans la région. Carcassonne devient le centre de contrôle militaire d'une région alors frontière avec le royaume d'Aragon. La cité, mère de cinq fils : Aguilar, Termes, Peyrepertuse, Quréibus et Puilaurens imposent la puissance royale et protègent les habitants des incursions des Espagnols jusqu'au XVIIème siècle. Le traité des Pyrénées entre la France et l'Espagne en 1659 pacifie la région.

Un projet fou : Construction du Canal du Midi

Vers 1681 s'achève après 14 années de travaux titanesques le canal reliant les deux mers : l'Océan Atlantique et la Méditerranée. Ce projet est conçu, réalisé et financé par Pierre Paul Riquet. Le Canal Royal du Languedoc a alors pour vocation le développement des échanges commerciaux. Il est amélioré par Vauban. Il est paré d'ouvrages d'art audacieux comme les ponts canaux du Répudre ou de la Cesse.

Installation du vignoble moderne

C'est sur ces péniches que partent les productions locales. Fin du XVIIIème, début XIXème siècle, les céréales sont prédominantes. A partir de 1855, le vignoble s'étend fortement . La crise de l'oïdium, qui atteint tardivement le Languedoc, forge les grandes fortunes viticoles jusqu'en 1890. Pourtant, la crise du phylloxéra, la surproduction et la fraude généralisée engendrent la révolte vigneronne de 1907. Marcellin Albert et les " 87 fous " d'Argeliers entraînent une série de manifestations. Le Midi Blanc devient le Midi Rouge. Le mouvement coopératif est une réponse à la crise, apportant une certaine sécurité aux petites exploitations. Les coopératives érigent le principe de décision " un homme, une voix ". L'essor de la viticulture entraîne un déplacement de la population de l'industrie vers l'agriculture et une forte arrivée d'Espagnols fuyant la misère (années 1920). La guerre civile et le Franquisme (1939) provoquent une deuxième vague d'immigration. Au milieu du XXème siècle, les vignerons décident d'inscrire leur travail dans une démarche de qualité. Les vins du cru Fitou sont les premiers du Languedoc à obtenir la dénomination Appellation d'Origine Contrôlée en 1953. Il est rejoint par le cru Minervois et le cru Corbières en 1985.

L'AOC : des hommes, des terroirs et des vins

L'appellation d'origine Contrôlée tire sa force des producteurs eux-mêmes. Il sont les garants d'une tradition qui se prolonge, à l'origine d'une réussite économique exemplaire. Ce concept d'AOC est fondé sur un savoir-faire, ancré dans chaque terroir. C'est ce qui fait la typicité du vin AOC. Son élément originel est bien le terroir. Suivant le terrain où il est planté, un même cépage s'exprimera de manière différente, donnant des caractéristiques distinctes au vin. C'est également le terroir qui commande la localisation d'un grand cru sur des parcelles bien déterminées. Le terroir constitue donc l'un des trois facteurs essentiels au type et à la qualité d'un vin d'appellation, avec l'encépagement et le travail de l'homme. Ainsi, produire des vins d'AOC est un choix affirmé de chaque vigneron, ce qui suppose des droits mais aussi des devoirs.